La dilatation de l'espace-temps

jeudi 15 octobre, 2h du mat...
Les rafales à 50 km/h du détroit de Gibraltar ont eu raison de moi.
Le camping-car bouge comme un bateau sur la houle de l'océan.
J'ai même l'impression que le vent finit par le faire descendre des cales, j'ai du le remonté avant d'aller me coucher hier soir, à moins que je n'ai pas bien serré le frein à main! haha...
Du coup, je saisis l'occasion pour écrire!
J'ai décidé pendant ce périple, invitation pour la vie, de prendre chaque situation comme un cadeau, je n'y arrive pas tout le temps, loin sans faux, mais de temps en temps, va savoir, un alignement des planètes entre mes idéaux et la réalité du moment se met en place!
Bientôt un mois que l'on est sur la route, à cinq dans les 10 m2 de notre fidèle et très chère voiture-maison-roulante... et bientôt volante, qui sait! :O)
Nous sommes dans le sud de l'Espagne, à Bolonia, juste au-dessus de Tarifa. Des paysages idyliques, des gens simples et heureux, de belles vaches. Un microcosme de bonheur, à la portée de tous. Mais faut aller le chercher ce bonheur là, perdu quelque part après le dernier "pont" entre l'Europe et l'Afrique.
On sent l'effervescence de la ville et de la grande civilisation occidentale diminuée, changée, après le passage de cette grande baie. Les grands ports de Gibraltar et d'Algésiras laissent place à une vie plus simple, agricole, piscicole, aussi ... plus vraie, peut-être.
Et oui, ici j'ai trouvé un fragment de cette cette quête de sens, de recherche de lien, de ce besoin de vivre autrement, plus simplement. Elle se matérialise sous les coups de butoir de ces rafales de vents qui nous font danser au milieu de la nuit.
Là, je sens et comprends le respect que cette nature nous offre. Nous avons pris l'eau entre Barcelone et Grenade, nous vivons le vent de Gibraltar, élément de l'Ouest, de l'Automne...
peut-être un cadeau pour l'anniversaire de Laura va savoir!
Ce signal faible, que ce lieu me propose de ressentir, rentre en écho et se place comme un premier appui a ce que je suis peut-être allé chercher durant ce voyage:
La perte de repère, pour mieux me retrouver. Faire le vide pour faire de la place.
Quel jour est-il? Où sommes-nous? Demain, nous aurons bouclé notre 4ème semaine de voyage, notre 3ème en Espagne. Loin de l'agitation de Barcelone, nous sommes rapidement partie dans le Sud, pour éviter les intempéries et le froid. L'ambiance était déjà différente à Grenade, je suis tombé malade, rien de grave, un coup de froid attrapé dans le Nord, et les choses ont commencé à changé.
4 semaines? j'ai l'impression d'être parti il y a des mois! Le temps se dilate!
De la Haute-Savoie au grand Sud-Ouest espagnol, 2'000 km de diagonale pour atteindre l'extrème Sud de l'Europe, voir apparaitre la silhouette de l'Afrique, le plus grand continent au monde. Ressentir la force de ce couloir de vent qu'est Gibraltar et au-milieu de tout ça, notre "chez-nous roulant", chaque cm2 scruté, analysé, chaque mouvement compte, chaque litre d'eau à de la valeur, chaque Wh produit change la donne.
Nous apprenons à danser ensemble dans ce petit couloir de quelques mètres qui va du poste de pilotage, le salon, à la cuisine au milieu et à la chambre du fond. Une sorte de danse synchronisée où le déplacement de chaque corps est une invitation pour celui d'un autre, etc...
On se réveille le matin sans trop se souvenir où on s'est arrêté la veille au soir.
Quel paysage s'offrira à moi en ouvrant la porte?
L'homo-sapiens a environ 300'000 ans, les plus anciens fossiles ont été découvert sur le site de Jebel Irhoud au Maroc et nous sommes sédentaire depuis environ 15'000 ans.
Si on ramène ces 300'000 ans sur une journée de 24h, nous ne sommes sédentaires que depuis 1h environ... les 23 premières heures nous avons été nomades! ça fait réfléchir non?
Qui a essayé d'être nomade à un moment de sa vie? D'avoir son chez-soi qui se déplace avec vous, de ne pas savoir où vous allez dormir ce soir, ou demain?
Alors oui, tout ceci n'est que le début d'une aventure de presque un an, mais la sensation de perte de repère s'installe déjà. Notre ancienne vie nous semble loin derrière nous et nous cherchons toujours notre rythme de voyageurs... Et d'ailleurs, y a t'il un rythme? Est-ce qu'une routine s'installera? Allons-nous trouver nos marques, nos repères? Pour l'instant, les repères sont plus à chercher dans leurs absences, dans le vide qu'ils laissent.
Faire de la place pour accueillir autre chose...
Alors oui, l'espace se dilate aussi!
Bises à tous et toutes
Guy
„Happiness only real when shared.“
Christopher McCandless


Jolie reflexion Guytou! Mais le plus grand continent reste l'Asie :p